Apprendre sa religion : par quoi commencer ? Quelques conseils en guise d’orientation

بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله رب العالمين والصلاة والسلام على أشرف المرسلين

Nombre d’entre nous se tournent vers l’apprentissage de notre religion parce que nous faisons face au sentiment qu’une large part de la connaissance religieuse nous échappe. Depuis trente ans, les instituts en présentiel comme en e-learning dispensant des cursus en sciences islamiques ne cessent de se multiplier. Quel constat peut-on faire vis-à-vis de cet engouement pour le savoir religieux (‘ilm) ? En réalité, notre époque souffre d’un grand paradoxe : jamais les informations n’ont été aussi accessibles grâce à internet, et pourtant le niveau de connaissance religieuse n’a probablement jamais été aussi défaillant. Le problème, selon nous, ne réside pas dans le manque d’envie, ni même dans le manque de moyens. Plutôt, il s’agit d’un problème de méthode, il s’agit d’un manque de repères didactiques. Donc nul besoin de nouveaux instituts, nous sommes en besoin de conseillers d’orientation du « ‘ilm ».

Ce court article propose de répondre aux questions fondamentales quant à l’orientation de l’apprenant en sciences religieuses. Parmi elles :

Que dois-je étudier ? Et par où commencer ?

1- L’apprentissage de la religion : une obligation pour chacun d’entre nous

Tout d’abord, il convient au lecteur d’avoir à l’esprit que cet apprentissage de la religion n’est pas l’affaire d’une élite, c’est une obligation individuelle qui nous concerne tous. Le Prophète Muhammad (saws) n’a-t-il pas dit : « La quête du savoir religieux est une obligation pour tout musulman » ?

Peut-on délimiter cette connaissance obligatoire pour tous ? A quoi la reconnait-on ? En réalité, il existe un principe extrêmement clair pour cela, un principe que les savants ont édicté il y a déjà fort longtemps :

و لا يحل له أن يفعل فعلاً حتّى يعمل حكم الله فيه

« Il n’est pas permis à la personne responsable religieusement d’entreprendre un acte sans en connaître le statut auprès de Dieu » [Mukhtasar al-Akhdarî]

و يوقف الأمور حتّى يعلم |ما الله فيهنّ به قد حكم

« Et qu’il s’abstienne devant les affaires jusqu’à ce qu’il sache ce que Dieu a décrété à leur sujet » [Matn Ibn ‘Âchir]

Ainsi, lorsque tu deviens pubère et acquiers la responsabilité religieuse (taklîf), il te sera obligatoire de prier : alors il t’incombe d’apprendre ce qui te permettra d’assurer la validité de ta prière. Tu devras également jeûner : il t’incombe dès lors de connaître ce qui est nécessaire à la validité de ton jeûne et ce qui exigera de toi une expiation ou non. Puis tu comptes te marier : il t’incombe de connaître ce qui est essentiel en matière de contrat de mariage, et les devoirs que la vie conjugale t’impose. Tu comptes contracter une vente, ouvrir un commerce : alors tu te dois d’apprendre les formes d’achats qui te sont prohibées. Et ainsi de suite… L’obligatoire en matière de science religieuse est donc un concept extensible qui naît à l’âge de la puberté et évolue au gré des situations dans lesquelles nous nous trouvons.

2- Le fondement et le sens spirituel d’un tel principe

Ce principe trouve son origine dans la parole coranique :

al-Nahl v.43 : « Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas ».

Isrâ v. 36 : « Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur ; sur tout cela, en vérité, on sera interrogé »

Nous pourrions même reformuler ce principe de la façon suivante :

Nul n’est sensé ignorer la loi à laquelle il est astreint

Au fond, c’est un principe éminemment spirituel. Car c’est en vertu de cela que le croyant, à chaque pas qu’il entreprend, s’interroge sur le jugement d’Allâh à son sujet : ce que je vais faire va-t-il satisfaire mon Seigneur ? Ou bien cela va-t-il susciter sa colère et son mécontentement ? Ainsi, le croyant est celui qui vit avec scrupule et avec le souci permanent de satisfaire Allâh dans tout ce qu’il entreprend.

3- Le Seuil Minimal Islamique de Connaissance (SMIC)

Ainsi, il existe ce que nous pourrions appeler un Seuil Minimal Islamique de Connaissance (SMIC) Ce qui correspond à ce que les savants ont appelé « ‘ilm al-hâl » (la science de l’instant) ou encore « al-ma’lûm bi-d-darûra » (les connaissances nécessaires). Mais de quoi cela est-il constitué concrètement ?

Les savants ont identifié trois domaines de connaissance religieuse qui sont fondamentaux pour toute personne musulmane et dont l’étude constitue une obligation individuelle. Il s’agit du tawhid, du fiqh, et du tasawwuf. En voici une présentation succincte :

C’est une science qui s’adresse à notre intellect et qui consiste à connaître qui est notre Créateur Allâh à qui nous vouons un culte exclusif.

On y étudie ce qu’il est nécessaire de croire vis à vis d’Allâh, ce qu’il est également nécessaire de croire vis à vis de Ses Messagers, et enfin ce qui nous a été révélé comme informations concernant l’invisible (al-ghayb) : les anges, la résurrection, le jugement, le paradis, l’enfer, etc.

C’est une science qui s’adresse à l’ensemble des membres de notre corps et consiste à connaître comment adorer Allâh selon une méthode spécifique appelée « école » (madhhab).

On y étudie les actes rituels tels que la purification, la prière, le jeûne, la zakât, le pèlerinage, les sacrifices. Mais également ce qui relève des relations interpersonnelles tels que le mariage, le divorce, les contrats de vente et de louage de service, les dispositions testamentaires, les règles de l’héritage.

C’est la science qui s’adresse au cœur et qui consiste à connaître les maladies du cœur et à comprendre comment cheminer et se faire aimer d’Allâh.

4-Les échelles d’apprentissage : à chaque niveau son ouvrage

Les savants ont même été jusqu’à baliser les étapes dans l’étude de chaque science. Puisque pour chacune d’entre elles, ils ont dressé des échelles d’apprentissage qui nous indiquent qu’à chaque niveau il y a un livre qui lui correspond. Ainsi l’apprenant n’a plus qu’a cheminer d’étape en étape pour en faire l’étude auprès de ses enseignants et ainsi acquérir les connaissances qu’il lui incombe de maîtriser avec méthode et sans difficulté.

Ainsi, pour l’étude du fiqh, chacune des quatre écoles (hanafite, malikite, shafi’ite et hanbalite) possède son échelle d’apprentissage, avec parfois quelques variantes selon les traditions régionales.

A titre d’exemple, pour le fiqh malikite, l’échelle d’apprentissage qui traditionnellement est étudiée à partir de l’avènement de la puberté (9-12 ans) est généralement la suivante :

  1. Mukhtasar al-Akhdarî : dans l’étude des règles de la purification, de la prière et de la réparation de la prière. Durée d’étude : entre 6 mois et 1 année.
  2. Matn Ibn ‘Âchir : dans l’étude des règles de la purification, de la prière, de la zakât, du jeûne et du pèlerinage. Durée d’étude : 1 année
  3. Risâla : l’ensemble des chapitres étudiés dans les ouvrages précédents, auxquels s’ajoutent ceux sur le mariage, les ventes, l’héritage, etc. Durée d’étude : 2 années

Et pour celles et ceux qui visent à approfondir et à se spécialiser dans cette discipline :

  1. Mukhtasar Khalîl qui est le dernier ouvrage étudié, et la référence dans l’école malikite.

La leçon à tirer de tout cela est que, très tôt dans sa vie, le musulman est sensé maîtrisé un socle de connaissance religieuse qui constitue l’instruction de base. Le problème est que de nos jours la majeure partie de la communauté musulmane francophone méconnaît totalement l’existence de ces ouvrages qui sont pourtant les références utilisées depuis des siècles dans l’enseignement islamique à travers le monde. Ainsi constatons-nous que beaucoup d’entre nous découvrent les sciences islamiques à l’âge adulte, ce qui peut conduire à beaucoup de dégâts. Il importe de restaurer une culture commune de la transmission du savoir religieux, à travers des références claires, et un cursus balisé pour tous. C’est pourquoi, lors de prochaines occasions, nous publierons des articles afin de faire découvrir le patrimoine didactique en islam à travers ses œuvres emblématiques. Et c’est pourquoi l’Institut Ihsan de Rouen à fait le choix, depuis sa création en 2015, de s’inscrire dans l’étude des ouvrages traditionnels (mutûn) afin de nous réconcilier avec ce patrimoine didactique exceptionnel.

5- Quoi étudier à l’Institut Ihsan ?

Pour celles et ceux qui prévoiraient de s’inscrire à l’Institut Ihsan, nous conseillons de suivre les étapes suivantes :

1ère année : le Mukhtasar al-Akhdarî pour le fiqh malikite, et les modules d’alphabétisation coranique et d’initiation à la grammaire arabe.

2ème année : le Matn Ibn ‘Âchir pour le fiqh malikite le tawhid et le tasawwuf, la Ajrûmiyya pour la grammaire arabe, et enfin la matière usûl al-fiqh (fondements du droit).

3ème année : l’étude du chapitre sur le mariage et le divorce en e-learning pour le fiqh malikite, ainsi que la Bayqûniyya pour la science du hadith.

Ce programme permet à l’apprenant d’avancer progressivement, sans brûler les étapes. Il est possible d’intensifier ce programme sur deux années en fonction de la disponibilité de l’apprenant. Et il est également envisageable d’articuler ce programme avec d’autres enseignements proposés dans les instituts en e-learning reconnus pour leur qualité tels que : l’Institut Asharite ou l’Institut Maziri par exemple.

Qu’Allâh nous accorde une science utile, et qu’Il nous mette à l’abri contre une science qui n’est pas bénéfique, contre un cœur qui ne s’humilie pas.

Article rédigé le 9 mai 2020 correspondant au 16 Ramadân 1441 par Abu Amine

2021-05-26T21:39:50+02:00

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